Arts martiaux : se protéger au sens large plutôt que simplement “se défendre”
Ecrit par Webmaster3 le Jeudi 24 décembre 2009 à 13:04
La plupart des gens diraient que les arts martiaux nous apprennent à nous “défendre” en cas d’attaque. Le Ninjutsu est un art aux techniques guerrières (martiales) donc efficaces. Mais dans les arts martiaux anciens, le combat reste la dernière étape, quand tout le reste (notamment la prévention, l’évitement,…) a déjà été tenté. Voici un article que nous avons trouvé intéressant et qui résume relativement bien le sujet “préventif”…
Le risque de vol avec violence et d’agressions diverses existe. Malgré le délai d’intervention parfois très court des forces de l’ordre à partir du moment où une alerte est donnée, force est de constater qu’il subsiste un laps de temps à gérer entre cette alerte et une intervention. Dans la plupart de nos pays occidentaux, il faudra compter une bonne vingtaine de minutes avant de voir arriver la cavalerie, à condition toutefois qu’un témoin ait décidé de prévenir les secours. Aussi, il faudra parfois se résoudre à prendre en main sa protection personnelle et celle de ses proches.
Une fois ce constat effectué, la réponse de beaucoup consiste à pratiquer une discipline de self-défense, voire à se procurer une arme. S’il est clair que ce genre de solution sera utile lorsqu’une agression nous tombe dessus, il reste malgré tout plus opportun de travailler EN AMONT de cette agression, pour éviter qu’elle n’ait lieu. Le vieil adage qui dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir prend ici tout son sens.
En clair : si j’ai su, par une prévention adaptée et une bonne observation de mon environnement, ne pas me trouver en fâcheuse posture, je n’ai pas besoin de défendre chèrement ma peau. C’est là que se situe la frontière entre la protection personnelle — qui est un concept préventif global — et la défense personnelle, qui n’est utile que lorsque la protection personnelle a échoué.
Protection personnelle, plutôt que défense personnelle
Soyons clairs : aucun système, aucun outil, aucune arme ne peut vous garantir de sortir indemne d’une agression. Même les plus grands spécialistes ne sont pas infaillibles. Et on trouve toujours plus fort, plus retors, et mieux préparé que soi. D’ailleurs, l’une des constantes de la violence de prédation est qu’elle s’exerce d’abord et exclusivement en état de supériorité physique. Aucun prédateur ne s’attaque à une proie plus forte que lui. Aussi, quand un prédateur passe à l’attaque, il le fait avec tous les avantages possibles : surprise, surnombre, armement supérieur, préparation psychologique totale. Du point de vue de la victime, qui une seconde plus tôt vivait paisiblement sa vie, c’est un déluge de haine et de violence pure, qui surprend et désarçonne souvent complètement.
On mesure donc toute la dimension et l’enjeu de la protection personnelle (self-protection), dont la défense personnelle (self-défense) n’est que la manifestation ultime, presque un constat d’échec.
La protection personnelle, ou prévention des risques de violence, est, nous le verrons, avant tout une affaire de bon sens. Toute personne douée d’un minimum d’intelligence peut aisément appliquer ses principes de base, qui sont extrêmement simples.
1. Si c’est possible, il vaut toujours mieux éviter le conflit. Il n’y a jamais de gagnant dans une bagarre, seulement des perdants dont l’un peut éventuellement finir plus abîmé que l’autre (notez qu’il peut y en avoir plus de deux) . Même une bagarre « gagnée » signifie souvent des ennuis à moyen terme : poursuites judiciaires, désirs de vengeance, etc.
L’évitement ou le repli sont des notions stratégiques très différentes de la fuite. Ils sont tous deux au service d’un objectif clair : survivre sans dommages.
2. On ne peut pas éduquer les gens par le conflit. Une personne agressive n’est pas en mesure de recevoir votre leçon de bienséance, ni de comprendre votre point de vue. Même en lui tenant tête ou en lui donnant une « bonne correction », vous ne pourrez PAS lui faire changer son comportement. Inutile de vouloir jouer aux justiciers ou aux éducateurs civiques. Une personne en crise n’est jamais réceptive au point de vue des autres. Votre premier et unique but est de ne pas subir de dommages physiques.
3. En repérant le danger longtemps à l’avance, on se préserve une marge de temps pour l’éviter ou se replier. La plupart des prédateurs sont par ailleurs sensibles aux proies qui ne sont pas attentives à leur présence, alors qu’ils ont tendance à ignorer les proies potentielles qui les repèrent longtemps à l’avance. Le simple fait d’être conscient de son environnement permet d’éviter l’immense majorité des ennuis.
Cette compétence à elle seule vaut mieux que toutes les armes et toutes les techniques de self-défense réunies.
4. On préserve ses fonctions de survie de base : conscience logique, vision, mobilité et dextérité manuelle.
5. Si on détermine que la seule chance de se sortir le moins mal possible d’une situation d’agression est le combat, il ne faut pas faire les choses à moitié. On frappera avec détermination et combativité jusqu’à ce que la menace cesse, ou qu’on puisse se replier sans courir de risque supplémentaire.
Quelques exemples de protection personnelle
Au quotidien :
En arrivant dans mon café préféré, je remarque un individu aviné au comportement agressif, assis au fond du bar. Je m’assieds à l’autre extrémité de la pièce, près de la porte. S’il s’excite trop, je peux simplement me lever et quitter les lieux.
Je ne cherche pas à faire le brave devant mes amis.
Dans mon rétroviseur, une voiture sportive me colle de très près. Un jeune homme au volant me fait un doigt d’honneur, des appels de phare, et s’approche dangereusement de mon pare-choc arrière en klaxonnant. Il semble très irrité de ne pas pouvoir me doubler. Comme j’arrive à un rond-point, j’en fais un tour complet, lui permettant ainsi de me doubler sans pour autant devoir m’arrêter. Il prendra très vite de l’avance sur moi et je n’entendrai plus jamais parler de lui.
Je ne cherche pas à lui donner un cours de conduite préventive.
En conclusion
Comme vous l’avez vu, la protection personnelle est un art bien plus qu’une science, et se veut une approche rationnelle et très peu « macho » de la violence. Cette approche saine et plutôt non-violente peut — ou non — être complétée par un ensemble de techniques de désescalade verbale, et aussi par une série de pratiques de défense simples et efficaces.
La plupart des agressions peuvent être PRÉVENUES, et de facto gagnées, sans combattre. Et si l’on ne devait faire qu’une seule chose pour assurer sa sécurité au quotidien, bien avant de s’armer ou de s’endurcir les poings, la simple mise en application de ces quelques principes serait probablement à privilégier.
Cet article est extrait de la revue Carcajou avec l’aimable autorisations des auteurs : Patrick Vincent & David Manise. La revue Carcajou est éditée par le CEETS (Le Centre d’Etudes et d’Enseignement des Techniques de Survie) : http://www.ceets.org/ . La revue Carcajou est consultable dans sa version complète ici : http://www.ceets.org/carcajou2.pdf
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Commentaire par nelson
Commentaire posté Lundi, 4 janvier 2010 à 21:55
magnifique état d’esprit .
Commentaire par Angel
Commentaire posté Lundi, 8 mars 2010 à 0:33
Article très intéressant que je désirerais tout de même commenter de mon seul et unique point de vue afin d’offrir un élargissement de la réflexion concernant la relation protection personnelle et défense personnelle. L’application de la protection personnelle comme expliquée ci-dessus se veut, pour citer l’article : « une approche rationnelle et très peu « macho » de la violence ». Nous sommes donc d’accord. Selon cette approche, il faudrait privilégier la protection personnelle, afin d’éviter d’avoir recours aux différentes techniques mettant en œuvre la défense personnelle. D’un point de vue purement objectif, on s’éloigne ainsi des risques inhérents à chaque affrontement comme le rappelle cet article (poursuites judiciaires, vengeance etc.).
Cependant d’un point de vue moral et faisant ainsi appel à notre subjectivité, la question est de savoir si au risque d’avoir « l’allure d’un justicier », peut on tolérer la vue de scènes de violence dans lesquelles par exemple une personne est victime d’un agresseur (une atteinte à la personne humaine), ou bien encore un individu brisant la fenêtre d’un véhicule pour tenter de s’emparer de son contenu (une atteinte aux bien d’autrui).
Doit-on alors privilégier la protection personnelle ? Ou mettre en œuvre la défense personnelle ou d’autrui ?
Tout d’abord d’un point de vue philosophique, on peut être amené à penser que le pratiquant d’arts martiaux se veut résolument tourner vers les autres. Ainsi, Robert L. Humphrey (Marine Rifle Platoon Commander on Iwo Jim & Bujinkan 10th Dan) precise dans les croyances du guerriers « Wherever I go, everyone is a little bit safer because l am there. Wherever I am, anyone in need has a friend. Whenever I return home, everyone is happy I am there. It’s a better life! (Warrior’s Creed)» La traduction signifie que « Peu importe l’endroit ou je suis, tout le monde est un peu plus en sécurité parce que j’y suis. Peu importe l’endroit ou je suis, n’importe qui dans le besoin aura un ami. Chaque fois que je rentre à la maison, tout le monde est ravi que je sois là.
Suivant ces principes, doit-on ou non tenter de venir en aide à autrui ? Doit-on plutôt tenter d’apprécier la dangerosité de la situation pour ne pas se lancer dans un combat qui semble en apparence perdu d’avance ? « Connais ton ennemi, et connais-toi toi-même, et tu pourras livrer cent batailles sans essuyer un désastre » (Sun Tzu, l’art de la guerre).
Ensuite d’un point de vue légal, il est interdit de faire justice soit même. Selon le Pacte Social de Jean Jacques Rousseau, l’Homme aliène une partie de sa liberté au profit de la société qui s’engage en retour à le protéger. Cependant si la société ne peut pas le protéger, lui ou autrui, alors il peut avoir recours à la légitime défense. Posée par l’article 122-5 du Code pénal, « N’est pas pénalement responsable la personne qui, devant une atteinte injustifiée envers elle-même ou autrui, accomplit, dans le même temps, un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d’elle-même ou autrui, sauf s’il y a disproportion entre les moyens utilisés et la gravité de l’atteinte. » En somme pour qu’il y ai légitime défense il faut retenir que l’agression dont on fait l’objet ou dont une autre personne fait l’objet doit être « Actuelle ou imminente, réelle, et injuste ». La riposte (la défense personnelle) doit être « proportionnée, nécessaire et ne pas aboutir à une infraction involontaire (c’est-à-dire qu’il faut avoir conscience de ce que l’on est en train de faire).
De plus, le législateur offre un droit supplémentaire aux citoyens quand ils sont témoins d’un crime ou d’un délit flagrant, il s’agit de l’article 73 du Code de procédure pénale qui dispose que « Dans les cas de crime flagrant ou de délit flagrant puni d’une peine d’emprisonnement, toute personne a qualité pour en appréhender l’auteur et le conduire devant l’officier de police judiciaire le plus proche. ».
Voila des pistes de réflexions supplémentaires que je vous offre humblement…
